Fizi : Quid de la polémique autour de 30.000 dollars alloués au territoire pour un projet à impact visible ?

Une vive polémique secoue depuis quelques jours le territoire de Fizi, dans le Sud-Kivu, après une dénonciation publique de la société civile du secteur de Ngandja accusant l’administrateur du territoire, M. Kalonji Badibanga Samy, d’un présumé détournement de 30.000 dollars américains. Ces fonds, selon la lettre adressée au gouverneur de province, auraient été alloués en septembre 2024 pour la construction d’un marché moderne à Misisi, mais le projet reste toujours sans trace sur le terrain.

Les accusations de la société civile

Dans une correspondance datée du 29 octobre 2025 et adressée au gouverneur du Sud-Kivu, la Société civile populaire pour l’Afrique et plusieurs structures citoyennes du secteur de Ngandja affirment que la somme, évaluée à trente mille dollars américains (environ 90 millions de francs congolais), aurait été « bloquée dans la poche » de l’administrateur du territoire.

« Depuis la réception de cette somme d’argent, une année est déjà passée sans trace ni acte, ni encore autres informations y relatives, rien n’a été réalisé », écrit la société civile dans sa lettre.

Les signataires de ce document soutiennent que les fonds avaient été officiellement remis à l’administrateur de territoire à titre de rétrocession pour des projets de développement local. Le choix du projet de marché moderne de Misisi, considéré comme le poumon économique du territoire, aurait été approuvé lors d’une réunion tenue à Fizi en présence de plusieurs représentants communautaires.

Mais, déplorent-ils, aucun travail n’a débuté à ce jour. « Le manque de bonne volonté de monsieur l’administrateur profite à la souffrance et au malheur de notre population », dénoncent-ils, en accusant M. Kalonji de « détourner » les fonds alloués au projet.

Dans la même lettre, les acteurs de la société civile formulent plusieurs revendications :

• le remboursement intégral de la somme de 30.000 dollars ;

• l’ouverture de poursuites judiciaires contre les présumés auteurs et leurs complices ;

• la construction, dans un délai bref, du marché populaire et moderne de Misisi ;

• et la révocation immédiate de l’administrateur de territoire.

Les signataires menacent même de lancer des actions citoyennes si leurs demandes ne sont pas satisfaites dans un délai de 90 jours, allant jusqu’à appeler à un boycott du paiement des taxes locales dès 2026.

La réaction de l’administrateur de territoire

Contacté pour réaction, l’administrateur de territoire de Fizi, M. Kalonji Badibanga Samy, a rejeté en bloc ces accusations qu’il qualifie de « mensongères et infondées ».

« Je lis comme tout le monde sur les réseaux sociaux un chiffon écrit par une certaine société civile non reconnue par le territoire de Fizi », a-t-il déclaré, estimant que ses détracteurs « restent à Misisi, leur milieu de prédilection, autour de raisons faciles à deviner ».

Selon lui, les 30.000 dollars évoqués dans la lettre ne sont jamais arrivés dans les comptes du territoire de Fizi. Il explique que cette enveloppe faisait partie d’un programme provincial visant à soutenir des projets à impact visible dans les huit territoires du Sud-Kivu, mais que les fonds n’ont pas encore été effectivement transférés à Fizi.

« Toute la procédure demandée, notamment l’ouverture d’un compte bancaire à la CADECO et la présentation d’un projet communautaire viable, a déjà été remplie », affirme-t-il. « Cependant, le territoire n’a toujours pas obtenu son enveloppe. »

M. Kalonji indique que le caucus des députés provinciaux élus de Fizi, les quatre chefs de secteurs ainsi que ses deux administrateurs assistants suivent de près ce dossier. Il invite ces acteurs à « se constituer en délégation et solliciter une audience auprès du gouverneur pour clarification ».

 

« Le territoire comme entité et la mairie aussi comme entité, toutes deux n’ont pas encore reçu leur argent. Pourquoi seulement s’acharner sur l’administrateur du territoire de Fizi ? Est-ce un acharnement sélectif, tribaliste ou haineux ? », s’interroge-t-il.

Un dossier à suivre

En attendant la réaction officielle du gouverneur du Sud-Kivu, cette affaire continue d’alimenter les débats au sein de la population de Misisi et du territoire de Fizi. Les observateurs appellent à une enquête rapide et transparente afin d’éclaircir la destination exacte des 30.000 dollars destinés à la construction du marché moderne de Misisi.

Bahome Sadi François

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