Guerre à l’Est : Intensification des violences dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, Rapport de situation du 4, 8 mars 2025 selon OCHA-RDC

Selon le récent rapport de l’Agence onusienne OCHA en République Démocratique du Congo , plus de 200 000 personnes retournées bénéficient d’une assistance alimentaire dans le territoire de Masisi depuis fin février, malgré la recrudescence des violences armées.

Ce rapport, dont ses enquêtes ont débuté du 23 février jusqu’au 06 mars 2025, les provinces sous contrôle par les rebelles du M23-RDF-AFC ont connu des graves violations des droits de l’homme, affrontements et nouveaux déplacements dans plusieurs zones au Nord-Kivu et au Sud-Kivu.

Dans un copie de ce rapport des experts de L’OCHA à la rédaction de Sautiyawahamiaji.net , il eu distribution de vivres à 200 000 retournées, distribution d’articles ménagers essentiels et d’eau, hygiène et assainissement à 13 000 ménages, traitement de 14 000 enfants contre la malnutrition.

Voici l’intégralité du rapport de L’OCHA territoire par territoire au Nord et au Sud-Kivu :

Territoire de Lubero

Depuis le 24 février, une accalmie précaire est observée dans le territoire de Lubero, à la suite des derniers affrontements qui ont eu lieu le 18 février entre les Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) et le groupe armé M23. Ces combats ont occasionné plus de 100 000 nouveaux déplacés sur les axes Alimbongo-Kitsombiro, Alimbongo-Kipese et BingiKasugho, notamment vers les localités de Masereka, Kyondo, Musienene et la ville de Butembo. Selon des sources locales, lors de ces combats, des hommes armés auraient pillé les biens des populations à Musienene et à Kimbulu.

En raison de la persistance des hostilités sur l’axe Katondi-Kipese, plusieurs organisations humanitaires ont évacué leur personnel.

Plusieurs centres de santé et écoles ont fermé. Près de 50 000 enfants ont vu leur scolarité interrompue et plusieurs milliers de personnes sont privées d’accès aux soins de santé. De plus, l’approvisionnement en vivres vers la commune de Lubero est compromis, les localités sources, Kipese et Lubango, étant devenues des zones de combat.

Au cours de la dernière semaine de février, une explosion de bombe a frappé le bâtiment administratif de la zone de santé, ainsi qu’un centre de santé de la zone de santé d’Alimbongo. Selon les autorités sanitaires, cette explosion a causé d’importants dégâts matériels, rendant hors service les installations sanitaires. Plus de 22 000 habitants de la zone sont ainsi privés d’accès aux soins médicaux.

Territoire de Masisi

Les occupants des sites de déplacés de Goma et ses environs continuent de retourner de manière spontanée dans leurs villages du Nord-Kivu, notamment dans le territoire de Masisi. Au cours du mois de février, plus de 17 000 personnes (2 875 ménages) sont retournées dans la zone de santé de Kirotshe, notamment dans l’aire de santé de Karuba. Ces nouveaux retournés s’ajoutent aux 33 000 personnes déjà retournées à Karuba depuis janvier 2025, selon une évaluation récente de l’ONG NRC1 . Par ailleurs, plus de 28 000 autres personnes ont regagné leurs villages dans la zone de santé de Mweso, portant le total à plus de 78 000 retours dans le Masisi depuis janvier 2025. Ces populations font face à des défis majeurs liés à la destruction des infrastructures, limitant leur accès aux soins, à l’éducation et aux moyens de subsistance.

Pour consolider ces retours, une coordination inter-agences est essentielle afin de garantir la sécurité, l’accès aux services de base et la réhabilitation des infrastructures (eau, écoles, centres de santé). Un suivi systématique du respect des droits humains et la prévention des conflits fonciers sont prioritaires. L’intégration d’une approche de relèvement précoce et de résilience dans la planification humanitaire renforcerait la durabilité de ces retours.

Dans la zone de santé de Masisi, de nouveaux affrontements ont opposé le M23 à d’autres groupes armés locaux entre le 18 et le 25 février dans le groupement Biiri, y compris Masisi Centre, Katale, Lwanguba, Kanii, Kahongole, Kibuye et Lushebere. Au moins quatre civils ont été tués, dont un travailleur humanitaire atteint par une balle perdue le 20 février alors qu’il se trouvait dans sa base. Un enfant réfugié dans la même base a été blessé. Un obus a frappé une autre installation humanitaire, sans faire de victimes.

Dans la zone de santé de Mweso, des combats ont éclaté dans la nuit du 26 au 27 février à Kirumbu, Katsiru, Mihara, Kinyabyitsi, Buleusa, Rusamambu et Mont Mpeti, occasionnant des déplacements de population vers les localités de Pinga, Kalembe, Kanyabayonga, Mutongo et Mweso. Le nombre exact de pertes en vies humaines et de déplacés reste encore inconnu. Ces violences surviennent après une série d’attaques dans la zone (dont celles du 24 et 25 février à Bulende, Bukonde et KalembeCentre), mettant ainsi fin à une période d’accalmie.

Territoire de Walikale

Le 25 février, à la suite d’affrontements avec le M23, un groupe armé a pillé le centre de santé de Rusamambu (territoire de Walikale), emportant des kits médicaux et endommageant la structure par des tirs. Situé dans la zone de santé de Pinga, ce centre était le seul accessible pour environ 11 210 habitants, désormais privés de soins. Depuis octobre 2024, cette zone accueille un afflux massif de déplacés et de retournés, restés sans assistance humanitaire adéquate.

Territoire de Rutshuru

La dynamique de retour s’intensifie dans plusieurs localités de Rutshuru. Depuis le 6 février 2025, l’aire de santé de Kabizo (zone de santé de Bambo) a enregistré environ 1 879 ménages qui ont quitté les sites et centres collectifs à proximité de Goma. Ces ménages se sont dispersés dans plusieurs villages, notamment Kabizo Musienene, Katovu, Kabizo Marché, Bundase, Ruza et Rushashi. Certains retournés ont retrouvé leurs habitations détruites ou occupées par d’autres déplacés encore présents dans la zone, ce qui risque de générer des tensions communautaires. Par ailleurs, environ 1 857 ménages déplacés se trouvent toujours dans l’aire de santé de Kabizo. Arrivés depuis août 2024, ces ménages sont principalement hébergés par des familles d’accueil.

Ville de Goma

Entre le 1er et le 3 mars, plusieurs centres hospitaliers de Goma ont été pris pour cible par des acteurs armés, marquant une escalade de violence contre les structures médicales et le personnel de santé. La situation sécuritaire dans la ville reste préoccupante en raison de la recrudescence d’actes criminels, incluant des braquages de domiciles, des vols et des agressions.

Suite au démantèlement des sites de déplacés autour de la ville, au moins 3 680 ménages (16 560 personnes) n’ayant pas pu regagner leurs villages d’origine ont trouvé refuge dans 56 nouveaux centres collectifs identifiés par les partenaires humanitaires.

Les acteurs humanitaires en charge de la coordination des sites mènent un suivi régulier de ces centres, où les conditions d’hébergement sont susceptibles de faciliter la propagation des maladies et d’augmenter le risque de violences basées sur le genre.

L’aéroport de Goma est resté fermé depuis fin janvier, obligeant les humanitaires à utiliser des itinéraires alternatifs via la Tanzanie et le Rwanda. Des retards à la douane bloquent des cargaisons, y compris celles arrivées avant la prise de contrôle du Nord-Kivu par les autorités de facto, en attendant l’entrée en vigueur des mesures d’exonération pour les biens humanitaires. La fermeture des banques et institutions de microfinance paralyse la distribution de l’aide d’urgence par transfert monétaire.

Situation épidémiologique

La province du Nord-Kivu est toujours confrontée à des épidémies de rougeole, de choléra et de Mpox. Entre le 24 février et le 2 mars (semaine 9), 269 cas de Mpox ont été recensés dans 13 zones de santé, sans aucun décès.

Depuis le début de l’année, on dénombre un total de 2 487 cas et 1 seul décès de mpox, soit une létalité de 0,04 %. Durant la même période (24 février – 2 mars),
326 cas de choléra ont été signalés dans six zones de santé, également avec zéro décès.

La ville de Goma est la plus touchée avec 43% du total hebdomadaire enregistré au cours de la semaine 9, suivie de Karisimbi, Kirotshe et Nyiragongo. Le nombre cumulé de cas de choléra depuis le début de l’année s’élève à 1 846 cas et un décès, soit une létalité de 0,05 %.

En ce qui concerne la rougeole, 95 cas ont été notifiés dans sept zones de santé entre le 24 février et le 2 mars, sans décès. Depuis le début de l’année, 2 694 cas de rougeole ont été enregistrés, avec 12 décès, ce qui correspond à un taux de létalité de 0,4 %.

Ville de Bukavu

La situation à Bukavu reste marquée par une recrudescence de l’insécurité et des incidents de pillage et de vols perpétrés par des hommes armés non identifiés. Le 27 février, un engin explosif a tué au moins 13 civils et blessé 65 personnes lors d’un rassemblement organisé par les autorités de facto. Des bouclages sécuritaires observés dans la ville de Bukavu ont alimenté une psychose dans plusieurs quartiers.

Le 28 février, 13 corps atteints par balles ont été découverts dans les communes de Bagira et Ibanda. Par ailleurs, des engins explosifs non désamorcés ont été identifiés autour de la poste et de la banque centrale dans le quartier Ndendere de la commune Ibanda.

En dépit de la volatilité relative du contexte, les acteurs humanitaires ont progressivement repris leurs activités. Une mission inter-organisation d’évaluation des besoins a été organisée du 28 février au 1er mars dans les communes de Bagira, Kadutu et Ibanda.

Les résultats préliminaires indiquent qu’environ 87 766 personnes déplacées (12 538 ménages) sont présentes dans la ville de Bukavu. Une forte concentration de déplacés se trouve dans la commune d’Ibanda, principalement dans le quartier Panzi, qui accueille des personnes originaires de Kalehe, Goma, Nyangezi, Mudusa, Katana, Sange, ainsi que des camps de Panzi, Saio, Nyatende, Mumosho, Kavumu et Kamanyola. Les besoins prioritaires de ces déplacés sont la nourriture, l’eau, l’hygiène et l’assainissement, la santé et la protection.

Territoire d’Uvira

Entre le 22 et le 27 février, des affrontements entre l’armée congolaise et des groupes armés dans le territoire d’Uvira, notamment à Sange Luvungi et Katoga, ont occasionné le déplacement de plus de 126 000 personnes. La majorité a trouvé asile dans des écoles, des églises et sur des terrains de football, principalement dans la zone de santé de Lemera.

L’accès humanitaire reste sévèrement contraint en raison de la forte présence militaire dans la zone et des combats en cours, rendant impossible toute évaluation ou intervention humanitaire. Par ailleurs, le 26 février, des tirs d’armes et des explosions entendus au sein de l’Hôpital général d’Uvira ont provoqué la fuite des patients et du personnel soignant.
Territoire de Kalehe.

Entre le 23 et le 28 fevrier, la situation sécuritaire est restée calme dans la partie littorale ainsi que dans les Moyens Plateaux et les Hauts Plateaux de Kalehe, favorisant le déroulement des activités économiques et humanitaires. À Minova, les activités socioéconomiques ont repris malgré une pénurie de liquide en francs congolais et dollars. Cependant, 2 800 déplacés du site de Mubimbi (près de Minova) ont reçu un ultimatum pour quitter les lieux au 1er mars.

Par ailleurs, l’ONG RHA a alerté sur la présence d’engins explosifs dans plusieurs localités à Minova et le long de l’axe Sake-Kalehe.

La situation sécuritaire continue de se détériorer sur l’axe routier Miti- Bunyakiri à l’ouest du territoire de Kalehe, après des affrontements entre le M23 et des groupes armés le 27 février, autour de la localité de Chivanga, à l’entrée du Parc de Kahuzi-Biega.

Territoires de Fizi et Mwenga

La situation reste tendue dans les territoires de Fizi et de Mwenga. Entre le 21 et le 23 fevrier, près de 11 000 personnes déplacées sont arrivées dans les villages de Kalingi et Kitavi dans la zone de santé de Minembwe, et 4 000 dans les villages Kitasha et Point Zéro dans la zone de santé d’Itombwe.

Ces personnes ont fui les affrontements entre l’armée congolaise et des groupes armés dans plusieurs villages du groupement de Basimunyaka Sud dans le territoire de Fizi et du groupement de Basimukindje 1er, dans le territoire de Mwenga. Ces personnes vivent dans des familles d’accueil avec un niveau élevé de vulnérabilité, exacerbée par des besoins multisectoriels, notamment en nourriture, les articles ménagers essentiels, les soins médicaux.

Le 25 février, des acteurs armés ont attaqué deux ambulances dans le village de Kachemba, situé dans le territoire de Fizi, faisant 15 morts et 18 blessés. Les autorités locales de Fizi ont également signalé l’occupation de quatre écoles par des acteurs armés dans le village de Mukera depuis le 26 février. Une centaine de femmes auraient été violées par des hommes armés à Mukera, Mulima et Mikenge, dans la zone de santé de Fizi, entre le 24 et le 25 février 2025.

Territoire de Kabare

Environ 2 500 personnes déplacées vivent dans des conditions extrêmement précaires au sein de l’aire de santé de Kadjucu (zone de santé de Katana). La plupart ont fui entre janvier et février 2025, lors des affrontements entre les Forces Armées de la RDC (FARDC) et le groupe armé M23 de Goma, Sake, Kirotshe, Shasha, Minova, Kinyezire, Nyabibwe, Kalehe-centre. Des partenaires humanitaires ont planifié une évaluation approfondie des besoins du 6 au 16 mars pour adapter l’aide aux priorités identifiée.

Par la Rédaction.

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